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MARTIN DE TOURS L’EUROPEEN

 
-    Au quatrième siècle, La Touraine a connu son personnage le plus illustre : Martin, un des premiers grands voyageurs européens, devenu figure universelle de par son geste de charité avec un pauvre. Dix-sept siècles après, la reconnaissance de saint Martin par le Conseil de l’Europe « personnage européen, symbole du partage, valeur commune » en fait un emblème dont Tours et la Touraine peuvent s’enorgueillir. © CCESMT  (Photo 1 Carte chemins européens de saint Martin)
 
-    C’est à partir des textes de Sulpice Sévère, biographe contemporain de saint Martin, ainsi que de ceux d’autres historiens, comme Grégoire de Tours, que nous connaissons une partie de sa vie. Grand voyageur tout au long de sa vie, cet européen avant l’heure naquit en 316 en Pannonie, l’actuelle Hongrie, de parents païens. © CCESMT  (Photo 2  Carte en mosaïque à Szombathely des parcours de saint Martin)
 

Szombathely

-    Par le hasard du lieu de garnison de son père, tribun dans l'armée romaine, Martin naquit en 316 à Savaria, en Pannonie (Szombathely en Hongrie), sous le règne de Constantin Ier. Cette contrée fondée en 43 avant JC, par l’empereur Claudius appartenait à l'Empire romain. Ses parents païens lui donnèrent le nom de Martinus, dérivé de Mars, dieu de la guerre. Selon la tradition, l’église Saint-Martin fut construite à l'emplacement de sa maison natale. © CCESMT  (Photo 3)
 
-    Martin naquit en 316 à Savaria, en Pannonie (Szombathely en Hongrie). L’église Saint-Martin fut construite selon la tradition sur sa maison natale. A l’intérieur on peut y lire : Hic natus est sanctus Martinus - « Ici naquit saint Martin ». Au VIIIe siècle, Charlemagne fit un détour pour faire un pèlerinage dans la ville de naissance de Martin et dès le XIIe siècle de nombreux pèlerins vinrent à l’église demander l’intervention du saint. © CCESMT  (Photo 4 Ici naquit saint Martin église Saint-Martin de Szombathely)
 
-    Une source écrite du XIVe siècle évoque le puits Saint-Martin devant l’église, où, selon le témoignage de Sulpice Sévère, le biographe contemporain de saint Martin et la tradition, saint Martin visitant sa ville natale, baptisa sa mère avec l’eau de ce puits.  La cathédrale conserve un buste qui contient une relique du saint remise le 23 mai 1913 à Tours par l’archevêque. © CCESMT  (Photo 5 -Martin baptise sa mère à Szombathely) (Photo 6 Buste reliquaire de saint Martin. Cathédrale de Szombathely) 
 
-    Au VIIIe siècle, Charlemagne fit un détour à Szombathely pour faire un pèlerinage dans la ville de naissance de Martin et, dès le XIIe siècle, de nombreux pèlerins vinrent à l’église demander l’intervention du saint. © CCESMT  (Photo 7 Centre des visiteurs Saint-Martin)
 

Pavie

-    La tradition veut que Martin ait été élevé à Pavie « Saint Martin… fut élevé à Ticinum en Italie. Il avait dix ans quand, malgré ses parents, il chercha refuge dans une église et demanda à devenir catéchumène ». (Sulpice Sévère). Ticinum était alors une ville militaire de premier ordre, lieu de ralliement des légions romaines. Le père de Martin, tribun militaire, y résidait. A l’époque, une cité déjà très vivante dominait le Tessin, là où s’élèvent les quartiers anciens. Une première cathédrale existait déjà à l’emplacement actuel du Duomo. Il est probable que ce fut là que le jeune Martin, attiré d’abord par la curiosité, puis saisi par la grâce, s’instruisit de la religion chrétienne et demanda à être inscrit parmi les catéchumènes. © CCESMT  (Photo 8 Cathédrale de Pavia)
 
-    A Pavie, alors que Martin n'était qu'adolescent, l'Empereur Constantin imposa l'incorporation des fils de vétérans les plus jeunes pour augmenter l'effectif de ses troupes. A quinze ans, Martin fut donc enrôlé dans l'Armée, livré par son père. Il servit dans des troupes d'adolescents préparatoires au métier militaire, puis fut affecté dans la cavalerie. © CCESMT  (Photo 9 Pont sur le Tessin à Pavie)
 
-    Par un acte de 714, Charlemagne fit donation aux chanoines de Saint-Martin de Tours d'une église et d'un hospice dans le faubourg de Pavie puis de l'église Saint-Martin. A l'emplacement de l’Hôtel de Ville, se trouvait le marché où les chanoines y avaient une halle où ils vendaient leurs denrées et négociaient les produits de leurs terres. Ils possédaient une cella avec droit portuaire sur le Tessin. Tout près de la poste, se trouvait un monastère Saint-Martin. Il existe encore une rue Saint-Martin. © CCESMT  (Photo 10 Pavie, ville de saint Martin)
 
-    Un des témoignages les plus remarquables de la popularité de Martin à Pavie se trouve dans l’église San Salvatore, qui conserve une chapelle saint Martin où l’on retrouve les scènes de sa vie : le manteau et l’apparition du Christ, le baiser au lépreux, la conversion des voleurs sur le chemin de la Hongrie, la rencontre avec le Diable près de Milan, la visite de Martin à sa mère malade… Une fresque montre au premier plan Martin à cheval donnant son manteau aux portes de Pavie telle qu’elle était au Moyen-Age. On y retrouve le château des Visconti, la statue du Regisole devant la cathédrale, les remparts et le pont couvert sur le Tessin. © CCESMT  (Photo 11 Fresque Saint-Martin coupant son manteau – Eglise San Salvatore à Pavie)
 

Siccomario

-    On raconte que les parents de Martin étaient logés dans le « Sicco Mario ». Ce faubourg sud de la ville de Pavie au-delà du Tessin commandait les voies romaines vers Rome ou la Méditerranée. Dans l’église Saint-Martin de Siccomario construite  à l’emplacement de sa maison familiale, une fresque le montre, petit enfant au milieu d’une scène de famille. Il y est écrit « Hic altus est » : « Ici il a grandi ». C’est le terme même de Sulpice Sévère dans sa vie de saint Martin. (Photo 12 fresque naissance de saint Martin à San Martino Siccomario Italie)
 
-    Cette église Saint-Martin de Siccomario a été fondée à l’endroit même où nous la retrouvons de nos jours. Dès 448, à peine cinquante ans après la mort de Martin, l’évêque Saint Crispin la fit bâtir en ce lieu écarté. Il avait sûrement choisi le site à bon escient et l’avait jugé assez vénérable pour décider ensuite d’y être enseveli lui-même (en 467). (Photo 13 église Saint-Martin à San Martino Siccomario)
 
-    Dans l’église Saint-Martin de Siccomario construite à l’emplacement de la maison familiale de saint Martin, un authentique du 26 mai 1762 reconnaît des reliques de saint Martin Evêque offertes par Tours : « es ossibus S.Martini Ep. ». © CCESMT  (Photo 14 Reliquaire Saint-Martin dans l’église Saint-Martin de San Martino Siccomario)
 

 Amiens

-    Amiens, ville de garnison, était un lieu de communication stratégique entre la Bretagne, la Belgique et les Germanies. L'empereur y envoya le corps de cavalerie. Lors d'un hiver particulièrement rigoureux, devant la porte des Jumeaux, Martin, rentrant d'une tournée d'inspection, rencontra un pauvre à moitié nu, implorant la pitié des passants. Le soldat n'hésita pas: il sortit son glaive et coupa en deux sa cape. Il en donna une moitié au mendiant. La nuit suivante, Martin vit apparaître en songe le Christ, revêtu de la moitié du manteau. Celui-ci, s'adressant à la foule des anges, leur dit: «Martin, encore catéchumène, m'a revêtu de cet habit». Bouleversé par cette vision, Martin décida aussitôt de se faire baptiser à Amiens. © CCESMT  (Photo 15 bas-relief sur le mur du palais de justice d’Amiens © CCE St Martin)
 

Worms

-    En 356, l’officier de l’armée impériale Martin demanda son congé de l'armée à Worms, en Allmeagne. L'Empereur l'accusa alors d'avoir peur de combattre. Martin répondit: «Demain, je me tiendrai debout et sans armes en face de nos ennemis; je marcherai au milieu de leur armée, protégé uniquement par le signe de la croix». L'Empereur le prit au mot, le fit arrêter et jeter en prison pour qu'il tienne sa promesse. Le lendemain, les ennemis se rendirent et l'Empereur l'autorisa à partir. © CCESMT  (Photo 16 église Saint-Martin de Worms © CCE St Martin)
 
-    La ville allemande de Worms où Martin demanda son congé de l'armée possédait jadis, dit-on, le cachot où l’officier fut enfermé et sur lequel un sanctuaire fut érigé, doté d’indulgences par le pape Innocent VIII. La ville conserve un monastère, une église Saint-Martin et un faubourg. © CCESMT  (Photo 17 église Saint-Martin de Worms © CCE St Martin)
 
Poitiers
-    Après son départ de l’armée, à Worms, en Allemagne, Martin rejoignit Hilaire, évêque de Poitiers, qui l’instruisit, devint son protecteur et ami. Martin exerça alors la fonction d’exorciste. © CCESMT  (Photo 18 église Saint-Hilaire de Poitiers © CCE St Martin)
 

Szombathely

-    En 355, Martin partit convertir ses parents en Pannonie : il baptisa sa mère, mais son père refusa. Sur le chemin du retour, il apprit que le paganisme avait fait de grands ravages et qu’Hilaire avait été exilé en Orient ; il décida donc de rester à Milan. (Photo 19 Szombathely Saint-Martin baptise sa mère © CCE St Martin) 
 

Milan

-    Sulpice Sévère rapporte que Martin, se rendant en Pannonie (Hongrie actuelle) convertir ses parents, fut attaqué peu avant Milan, par des brigands au passage des vallées alpines. Ayant dépassé Milan, le diable prenant figure humaine le menaça. Martin le fit fuir aussitôt.  Reprenant le même chemin qu'à l'aller, Martin s'arrêta à Milan, et commença à y mener une vie d'ermite avec quelques disciples, vers 358. © CCESMT  (Photo 20 - Attaque de saint Martin par le diable)
 
-    Martin vécut longuement dans la capitale de la Lombardie, alors véritable plaque tournante de la vie impériale, avant d’en être expulsé par l’évêque arien Auxence. On raconte que saint Ambroise de Milan un des quatre Pères de l'Église d'Occident, assista en rêve aux obsèques de son ami saint Martin de Tours. Dans la superbe Basilique Saint-Ambroise, vous pourrez voir la représentation de cette légende, sculptée sur le maître-autel et saint Martin sur une mosaïque. © CCESMT  (Photo 21 songe d’Amboise, basilique Saint-Ambroise de Milan)
 

Albenga

-    Chassé par l’évêque arien de Milan, Martin s’enfuit avec un compagnon, prêtre milanais, dans la petit île de Gallinaria au large de la côte ligure, à mi-chemin entre Savone et Vintimille, où il mena une vie d’ermite durant trois ans. Suivant les voies romaines, au sortir de la capitale de la Lombardie, il traversa sa ville d’enfance : Pavie, puis le Tessin et descendit vers Gênes pour se retrouver sur la route des Gaules… Une charmante cité ligure blottie au pied du « Mont Saint-Martin » retint son attention : « Albigaunom » (Albenga), face à laquelle, dans les eaux méditerranéennes, se dessinait « l’île des coqs sauvages » : Gallinaria. Des moines s'établirent par la suite dans l'île. Au haut Moyen Âge, ce lieu deviendra une puissante abbaye. De nos jours, l'île est privée. Une petite chapelle conserve la mémoire de saint Martin. On peut aussi y voir la grotte où, selon la tradition locale, il se réfugia. © CCESMT  (Photo 22 Île d’Albenga sur la côte Ligure)
 
-    L'île de Gallinaria est peu éloignée du littoral, mais suffisamment isolée des visiteurs, elle tenta Martin chassé de Milan et poursuivant son chemin à la recherche d'Hilaire de Poitiers, son formateur. On l'imagine fort bien, suivant les voies romaines, au sortir de la capitale de la Lombardie. Il traverse Pavie où l'accueillent tous ses souvenirs d'enfance, puis le Tessin, il descend vers Gênes et se retrouve sur la route des Gaules…Une cité retient son attention: Albigaunum (de nos jours Albenga) et en face l’île de Gallinaria © CCESMT  (Photo 23 Île d’Albenga sur la côte Ligure) 
 
-    Après avoir essayé l'ermitage de Milan, Martin continue sur l’île de Gallinaria sur la côte Ligure, ses recherches sur la vie religieuse d'où surgiront bientôt Ligugé et Candes et Marmoutier. Sulpice Sévère nous conte au passage ses mésaventures: empoisonné par des racines, il échappe de peu à la mort. Puis, il apprend que l'exil d'Hilaire a pris fin. Un voyage de plus ne l'effraie pas, le voilà en route à nouveau vers Rome, où on lui a dit qu'il retrouverait l'évêque de Poitiers. © CCESMT  (Photo 24 Île d’Albenga sur la côte Ligure)
 

Rome

Pensant y trouver Hilaire de retour d’exil, Martin se rendit à Rome. Il traversa les villes de Savone, Gênes, et sur la côte méditerranéenne ce qui sera un jour Lucques (il sera plus tard le patron de la cathédrale), Pise, Livourne et enfin la lointaine ville éternelle. Mais pas de saint Hilaire! Il est déjà reparti vers Poitiers. Il reprend alors le long voyage qui va l'amener jusqu'au cœur de la Gaule à Poitiers. © CCESMT  (Photo 25 Basilique Saint-Martin-aux-Monts à Rome)
 

Ligugé

-    En 361, saint Martin décida, avec l’accord d’Hilaire, de fonder une communauté monastique. Hilaire lui offrit de s’installer dans les communs d’une villa gallo-romaine en ruines, située à sept kilomètres au sud de Poitiers. Il y construisit une     cabane. Autour de Martin, de nombreux disciples se rassemblèrent, logeant dans de petites huttes séparées et dans les grottes qui subsistent encore sur les territoires de Saint-Benoît et de Ligugé. Il en fit des missionnaires joignant à une vie de méditations et de prières une vie active; ils évangélisèrent la contrée dont ils défrichèrent le sol; ils instruisirent le peuple et soignèrent les malades, parfois par des guérisons extraordinaires. Ce lieu devint le premier Monastère d’Occident : Lucoteiacum (lieu de petites cabanes), aujourd’hui Ligugé. © CCESMT  (Photo 26 Ligugé) 
 
-    En 371, à la mort du second évêque de Tours, les Tourangeaux se mirent en peine de lui trouver un successeur. Ils choisirent Martin, connu par les récits extraordinaires de ses grandes vertus. Mais Martin se trouvait à Ligugé, près de Poitiers. Il y vivait depuis dix ans dans le monastère qu’il y avait fondé. Les Poitevins avaient déjà essayé d’en faire leur évêque, sans succès. Martin avait refusé. « Il faut, dirent les Tourangeaux, que nous soyons plus habiles que ceux de Poitiers, bon gré mal gré, notre évêque, Martin le sera ! ». Ils l’enlevèrent de son monastère par ruse et l'amenèrent sur le chemin de Tours et Martin fut proclamé évêque de Tours le 4 juillet 371. © CCESMT  (Photo 27 Saint Martin et saint Hilaire)
 
Martin fut enlevé de son monastère de Ligugé par un certain Rusticius « J’irai, dit-il, auprès de Martin. Je me jetterai à ses genoux en le suppliant de venir voir ma femme gravement malade. Charitable comme il est, il ne refusera pas de venir me prêter assistance. Il sortira de son monastère. Je l’amènerai dans un endroit où sera postée une petite troupe de nos amis, et… ». De nombreux volontaires se présentèrent pour faire partie de l’expédition. Quelques jours plus tard, tout se passa comme l’avait prévu Rusticius. Sorti de son monastère, Martin se vit tout à coup entouré de bruyants Tourangeaux qui lui prodiguèrent mille marques de sympathie. Martin fut emmené à Tours et proclamé évêque le 4 juillet 371. © CCESMT  (Photo 28 Ligugé)
 

Tours

L’église épiscopale (ecclesia prima) a été bâtie par Lidoire (337-371), deuxième évêque de Tours, à l’emplacement de la cathédrale actuelle. C’est là que Martin fut élu évêque de Tours le 4 juillet 371, après son enlèvement de l’Abbaye de Ligugé par les Tourangeaux, qui souhaitaient Martin pour évêque. C’était, suivant l’usage établi, un dimanche. Le 4 juillet devint ensuite la fête de l’ordination de saint Martin. © CCESMT  (Photo 29 Tours)
 
    Au moment où Martin devint évêque de Tours, la ville se nommait Caesarodunum et     groupait ses constructions sur la rive gauche de la Loire, dans une enceinte gallo-    romaine d’un kilomètre, une des plus petites de la Gaule, correspondant à l’actuel     quartier de la Cathédrale. L’agglomération de la cité se trouvait en dehors de ces étroites     limites. Un grand nombre de maisons de campagnes, de villas, de domaines ruraux,     s’élevaient au milieu de vergers, de prés et de vignes. © CCESMT  (Photo 30 Tours)
 
-    A la vue dudit Martin, quelques-uns des évêques firent à cet élu du peuple un accueil assez froid. C’était donc là ce fameux thaumaturge ? Un homme d’une cinquantaine d’années, mal peigné et misérablement vêtu, l’air d’un brigand, plutôt que d’un évêque. Ils n’étaient pas loin de renvoyer ce personnage à son ermitage poitevin. Parmi eux, Defensor, l’évêque d’Angers. Cet homme-là ne pouvait pas faire un évêque !  Il advint qu’à la messe le clerc qui devait lire à haute voix en fut empêché par la foule. Un diacre saisit le Psautier et lit le premier verset sur lequel tomba son regard. Par la bouche des petits enfants qui ne parlent pas encore et qui sont à la mamelle, tu fais éclater ta puissance contre tes ennemis, tu domptes l’ennemi et le défenseur ». À ce mot de defensorem, une clameur s’éleva et le plus acharné des évêques, Defensor, fut confondu et réduit au silence, vaincu. La déroute se mit dès lors dans le camp des opposants et Martin fut proclamé évêque de Tours. © CCESMT  (Photo 31 Vitrail de l’ordination de Martin église Saint-Martin de La Chapelle sur Loire)
 
-    La cathédrale est également l’endroit où eut lieu la scène du Globe de feu : saint Martin, évêque de Tours, renouvelant le geste de la porte d’Amiens, revêtit un pauvre de sa tunique, et dut porter sous son aube une grossière tunique que l’archidiacre avait achetée quelques deniers pour célébrer la messe. Au moment de bénir l’autel, seuls un des prêtres et trois moines virent jaillir de la tête de Martin un globe de feu qui s’éleva dans les airs avec un rayonnement lumineux. Un tableau d’Eustache Le Sueur représentant cette scène se trouve au musée du Louvre. © CCESMT  (Photo 32 Messe du Globe de Feu à Tours)
 
-    En 372, un an après son accession à l’épiscopat, Martin, qui gardait la nostalgie de Ligugé, entreprit la création d’un grand Monastère. Il souhaitait d’une part trouver un lieu de retraite pour fuir les inconvénients de la popularité; d’autre part, il voulait fonder une école pour instruire les moines sur le modèle de Ligugé. Marmoutier se trouve à trois kilomètres de Tours, sur la rive droite de la Loire : « Cette retraite était si écartée qu’elle n’avait rien à envier à la solitude d’un désert. D’un côté, en effet, elle était entourée par la falaise à pic d’une hauteur élevée, et le reste du terrain était enfermé dans un léger méandre du fleuve de Loire ; il n’y avait qu’une seule voie d’accès, et encore fort étroite. Martin occupait une cellule en bois ». C’est ainsi que Sulpice Sévère décrit Marmoutier. Bientôt, Martin se trouva à la tête d’une communauté de 80 clercs et laïcs, attirés par sa popularité. L’Abbaye de Marmoutier, Majus Monasterium  (Grand Monastère) devint rapidement le plus célèbre Monastère de toute la Gaule. © CCESMT  (Photo 33 Grottes de Marmoutier)
 
-    Enlevé du premier monastère de Gaule qu’il avait fondé à Ligugé près de Poitiers, Martin, qui n’avait pas choisi de devenir évêque de Tours, chercha à conserver son ancienne vie et resta l’homme qu’il avait été auparavant. Il se comportait avec toute la dignité d’un évêque sans abandonner le genre de vie d’un moine : même humilité, même pauvreté dans les vêtements… Il s’installa donc d’abord à Tours dans une petite cellule près de sa cathédrale. Mais la venue de nombreux fidèles l’obligea à installer deux petites pièces dans la cathédrale. L’une servait à son vicaire pour recevoir les visiteurs, l’autre lui permettait d’accueillir lui-même les pauvres et les prêtres, jugeant qu’il se devait à eux plus qu’à tous les autres fidèles. © CCESMT  (Photo 34 Cellule)
 
-    La conception de Marmoutier était originale, car elle regroupait à la fois la demeure du moine évêque, le Monastère et le séminaire. Au départ, le Monastère se composait de grottes troglodytiques servant de cellules aux ermites.  Le Monastère de Marmoutier continua à se développer avec les successeurs de Martin ; il fut particulièrement riche et florissant durant le Moyen-Age, avant une destruction presque totale des cloîtres et de l’église à la Révolution. © CCESMT  (Photo 35 Marmoutier)
 
-    Martin, devenu évêque de Tours malgré lui le 4 juillet 371, chercha à conserver son ancienne vie en fondant très rapidement une communauté monastique à trois kilomètres de Tours, l’Abbaye de Marmoutier, qui devint la deuxième Abbaye d’Occident. Saint Martin rayonna de Marmoutier dans toute la Touraine, où le paganisme régnait dans les campagnes. Il y fonda les six premières églises rurales. © CCESMT  (Photo 36 Abbaye de  Marmoutier)
 
-    Au moment où Martin devint évêque de Tours, la ville se nommait Caesarodunum et groupait ses constructions sur la rive gauche de la Loire, dans une enceinte gallo-romaine d’un kilomètre, l’une des plus petites de la Gaule, correspondant à l’actuel quartier de la Cathédrale. L’agglomération de la cité se trouvait en dehors de ces étroites limites. C’est à l’emplacement de l’actuelle cathédrale que Martin fut élu évêque de Tours le 4 juillet 371. En 372, un an après son accession à l’épiscopat, Martin entreprit la création d’un grand Monastère. Il souhaitait y trouver un lieu de retraite : il choisit Marmoutier, sur la rive droite de la Loire. Pour y parvenir, on traverse la Loire sur le Pont de fil (pont piétons, vélos), qui permet d'arriver à Saint-Symphorien. © CCESMT  (Photo 37 Abbaye de  Marmoutier)
 
-    L’Abbaye de Marmoutier fondée vers 372, est située à quatre kilomètres de la ville en remontant la Loire sur sa rive droite. Aujourd’hui, Marmoutier est un établissement privé d’éducation. Derrière l’école se trouve le site historique, propriété de la Ville de Tours. Depuis 2005, des fouilles archéologiques ont été reprises. Ce site exceptionnel est un lieu de mémoire pour l’Europe. Premier des monastères de la Gaule avec Ligugé, et plus particulièrement premier des monastères épiscopaux, il prit le nom de « Major Monasterium ». Sulpice Sévère le nommait simplement « Monastère de Martin ». © CCESMT  (Photo 38 Abbaye de  Marmoutier)
 
-    Regrettant sa vie cénobitique, Martin, évêque de Tours chercha un lieu de retraite près de Tours, d’où il pourrait revenir facilement aussi souvent qu’il était nécessaire. À deux milles environ des murs de Tours, sur la rive nord de la Loire, il choisit au pied du coteau un lieu solitaire et sauvage, pour vivre comme il l’avait fait en 360 à Milan et dans l’île de Gallinaria sur la Côte Ligure, puis pendant dix ans à Ligugé (361-371). Sulpice Sévère décrit le lieu comme suit : « Cette retraite était si écartée qu’elle n’avait rien à envier à la solitude d’un désert. D’un côté, en effet, elle était entourée par la falaise à pic d’un mont élevé et le reste du terrain était enfermé dans un léger méandre du fleuve ; il n’y avait qu’une voie d’accès et encore très étroite ». © CCESMT  (Photo 39 Grottes de  Marmoutier)
 
-    Si Martin aimait la vie à Marmoutier, ce n’était pas pour s’y enfermer ni pour se soustraire aux devoirs de sa charge. En attirant un grand nombre d’hommes vers la vie monastique, Martin fit naître également une multitude de vocations missionnaires.  En effet, de temps à autre, il quittait la communauté avec ses disciples pour aller annoncer l’Évangile. C’est à ce moment-là que le grand mouvement monastique que déclencha Martin joua un rôle capital : Marmoutier allait aussi devenir le premier séminaire, grand centre d’évangélisation de la Gaule. En 375, Martin commença ses grandes randonnées à travers les campagnes. D’abord en Touraine, mais également bien au-delà de tout le territoire des Gaules. © CCESMT  (Photo 40 Marmoutier séminaire)  
 
-    Martin, moine-évêque de Tours circulait dans le plus modeste des équipages. Pas d’escorte pour le protéger, pas de vêtements somptueux, il était vêtu seulement de son modeste manteau noir. Il emmenait avec lui quelques moines. Rien ne le distinguait du commun des hommes. Partout où il se rendait en mission, dans son diocèse, il employait la même méthode : il détruisait les temples païens avec leurs idoles, il bâtissait au même endroit une église, baptisait les paysans et installait un prêtre à demeure au milieu d’eux. Ainsi, le missionnaire coupait le paganisme à la racine, mais il ne se contentait pas de passer et de laisser les nouveaux chrétiens livrés à eux-mêmes. Il les rassemblait en une paroisse. © CCESMT  (Photo 41 Martin détruisait les cultes païens)  
 
-    Le biographe de Martin, Sulpice Sévère mentionne que, lors des tournées pastorales de Martin, celui-ci logeait dans la sacristie des églises placées sur son itinéraire, où on lui préparait une installation convenant à ses goûts de vie monastique. Il voyageait dans le but unique d’enseigner et de convertir les populations : il prêchait la foi partout où il passait. Il rayonna depuis Marmoutier en direction d’Angers, Le Mans, Chartres, Paris, Autun… mais aussi de Luxembourg et de Trèves. © CCESMT  (Photo 42 église de )  
 

Vendômes

-    En sortant du côté nord de la Touraine, Martin a laissé une empreinte profonde dans le Vendômois et le pays chartrain. Il se rendit une fois à Chartres avec quelques disciples, rapporte Sulpice Sévère, et parmi eux se trouvait son ami Gallus, dans la bouche duquel il place ce récit : « En traversant apparemment le bourg de Vendôme, Martin vit s’avancer une foule immense de païens. La renommée de l’évêque de Tours attira des curieux, des désireux d’espoir… Il se mit à prêcher. Une femme dont le fils venait de mourir se précipita vers lui, tenant dans ses bras son enfant.  Nous le savons, criait-elle, vous êtes l’ami de Dieu. Par pitié, rendez-moi mon fils ; je n’en ai point d’autre.  Oui, oui, reprenait la foule, secourez cette pauvre mère.  Il prit le corps de l’enfant, le ressuscita par ses prières et le rendit à sa mère. Les païens, transportés d’enthousiasme, demandèrent tous le baptême. La conversion de ce peuple valait bien un miracle ! » Cette résurrection était la troisième qu’il obtenait, et ce fut la dernière. Il avait rendu la vie à deux morts étant moine, à un seul étant évêque. © CCESMT  (Photo 43 Vendôme)  
 

Chartres

-    À Chartres, Martin opéra une guérison qui eut un grand retentissement. Un père lui présenta sa fille, muette de naissance. Deux évêques, celui de la ville et celui de Rouen, se trouvaient auprès de Martin. Après avoir fait retirer la foule, en présence de ses deux collègues, il se mit en prière, suivant son habitude, bénit un peu d’huile qu’il introduisit dans la bouche de la petite fille. Aussitôt, cette dernière appela son père pour la première fois. Comme toujours, l’évêque bénit et baptisa le peuple. © CCESMT  (Photo 44 Chartres)  
 

Paris

-    Paris conserve le souvenir du passage de Martin. Aux abords du pont devenu aujourd’hui le Pont au Change, Martin, aperçut un horrible lépreux, dont tout le monde s'écartait avec dégoût. Il s'approcha de lui, le bénit et l'embrassa. Alors, à la stupéfaction générale, ce malheureux apparut guéri. Ce miracle du « baiser au lépreux », relaté par Sulpice Sévère, le biographe contemporain de saint Martin, aurait eu lieu vers 385, alors que Martin, évêque de Tours revenait d'une rencontre avec l'empereur romain à Trèves. Il traversa la Seine sur le pont de bois près de la porte du Nord, à la place même de la grosse Tour du Palais, dite Tour de l'Horloge (selon Grégoire de Tours). © CCESMT  (Photo 45 Paris Baiser au Lépreux)  
 

Luxembourg

-    La tradition locale indique que saint Martin, revenant de Trèves, aurait jeté bas un chêne consacré par le paganisme. Un quartier de la paroisse de Weimerskirsch s’appelle d’ailleurs « eich », « chêne ». En ces lieux, il aurait fondé une église ; la légende veut même qu’il ait de sa crosse fait surgir une fontaine. Autour de cette église se forma peu à peu une agglomération de plus en plus importante, dont le centre d’attraction se déplaça plus tard sur les collines proches pour former la ville de Luxembourg. © CCESMT (Photo 46 Weimerskirsch)  
 

Trèves

-    Sous le règne de l’Empereur Constantin et de ses successeurs, les évêques devinrent des conseillers, et prirent de plus en plus d’importance. Ils avaient le droit de voyager avec la poste impériale. C’est pourquoi Martin, après sa consécration en 371, et jusque vers 386, se rendit plusieurs fois à Trèves. Lors d’une de ses visites, il libéra le domestique du proconsul païen Tetradius de ses démons. Comme le possédé ne voulait pas sortir de la maison et que Martin ne pouvait pas entrer dans la maison d’un païen, Tetradius promit de se faire baptiser si son domestique guérissait. Martin entra donc dans la maison et chassa les mauvais esprits. © CCESMT (Photo 47 Trèves)  
 
-    Trèves est le lieu de la célèbre scène du dîner avec l’empereur Maxime, vers 385-387, durant lequel l’évêque de Tours refusa de se plier à l’étiquette impériale et tint tête à l'empereur. On répéta bientôt avec une vive admiration de la part du palais que Martin avait fait au souper impérial ce que «pas un évêque n’avait fait dans les repas donnés par les plus modestes magistrats».  © CCESMT (Photo 48 Trèves)  
 
-    Les monuments toujours étonnants de l’époque romaine montrent la force de l’Empire romain. Saint Martin se présenta deux fois à l’Empereur afin de prier pour des Priscillianistes. Quatre fois Martin, fit la route de 600 kilomètres pour intervenir en faveur de six hommes condamnés à mort par l’église officielle de la Gaule. © CCESMT (Photo 49 Trèves)  
 
-    Les souvenirs martiniens se rattachent à la guérison d’une jeune fille paralysée, devant le peuple assemblé et en présence de plusieurs évêques. L’église primitive aurait donc été bâtie, selon la tradition, à l’endroit même du geste miraculeux. En 587, l’édifice fut transformé en monastère par l’évêque Magneric et confié à des chanoines. © CCESMT (Photo 50 Trèves)  
 

Niederanven

-    Sulpice Sévère raconte que Martin, ayant quitté Trèves après sa démarche auprès de l’empereur, connut une des heures les plus pénibles de son existence. Déçu et trompé, il revint vers Lutèce et Tours, profondément troublé, inquiet même de ce qu’il avait cru devoir faire à Trèves pour le bien de la paix. Très déprimé, il s’arrêta un moment aux environs de Luxembourg, à Niederanven, le long de la voie romaine, entre Trèves et Luxembourg, où un ange l’aurait consolé. Un monument nous le rappelle : une statue de l’évêque de Tours, abritée sous un dôme soutenu par des colonnettes de pierre, avec cette inscription : Martinus Afflictus, Angeli Laeta Consolatione, Erectus, Consoletur Afflitos (Daigne Martin, réconforté par l’ange, consoler à son tour les affligés).  © CCESMT (Photo 51 Niederanven)  
 

Chinon

    Martin se rendait parfois à Chinon pour prêcher. A cette époque, la ville était déjà     fortifiée, et desservie par trois voies romaines qui la reliaient à Tours. Lorsqu’il ne     pouvait descendre la Loire en bateau pour se rendre à Langeais ou à Candes, il est     vraisemblable que  Martin empruntait la voie romaine par la Basse Touraine, unique     moyen de communication entre Tours, Chinon et Candes). C’est seulement à Chinon     que l’on pouvait traverser la Vienne grâce à un pont de bateaux pour arriver dans le     bourg de Rivière. © CCESMT (Photo 52 Chinon)  
 

Candes-Saint-Martin

-    Martin, évêque de Tours visitait fréquemment les nombreuses paroisses qu’il avait fondées en Touraine. C’est à Candes-Saint-Martin, au confluent de la Vienne et de la Loire, que Martin de Tours mourut le 8 novembre 397, à l’âge de 81 ans. Martin s’y rendit afin d’apaiser un désaccord entre les clercs. Une fois la querelle réglée, il voulut retourner dans sa ville épiscopale, lorsque ses forces physiques commencèrent à l’abandonner. Il convoqua ses frères et leur fit savoir qu’il était mourant. Malgré ses souffrances, saint Martin refusa qu’on apaise sa douleur, et resta étendu dans la maison presbytérale, voisine de l’église, sur un lit de cendre recouvert de son cilice, avec une simple pierre pour oreiller. C’est là qu’il rendit le dernier soupir, à l’âge de 81 ans.© CCESMT (Photo 53 Mort de saint Martin à Candes-Saint-Martin)  
 
-    Au moment de la mort de saint Martin, étaient présents des moines de Ligugé et de Candes. Les deux congrégations revendiquaient la dépouille de Martin. Dans la nuit, défiant la vigilance des Poitevins, les Tourangeaux firent passer le corps par une fenêtre de l’oratoire dans l’intention de lui faire remonter le cours de la Loire jusqu’à Tours. © CCESMT (Photo 54 Enlèvement du corps de saint Martin)  
 
-    Selon la légende, les Tourangeaux embarquèrent la dépouille du saint évêque dans la lumière et les chants ; tout au long de la remontée de la Loire du bateau funéraire, et plus particulièrement au lieu dit « le port d’Ablevois » (alba via – la voie blanche) à la Chapelle Blanche (capella alba), aujourd’hui appelée La Chapelle-sur-Loire, les buissons des rives se couvrirent de fleurs blanches, d’où l’expression « l’été de la Saint Martin ». Parvenus à Tours, le 11 novembre, ils furent accueillis par des milliers de Tourangeaux. Le saint évêque fut alors enterré dans le cimetière chrétien. © CCESMT (Photo 55 Transport de la dépouille de saint Martin)  
 
-    C’est au confluent de la Loire et de la Vienne que Martin de Tours mourut le 8 novembre 397. Grégoire de Tours raconte que devant la sainte dépouille, un grand débat s’éleva entre les clercs poitevins et les clercs tourangeaux. Les uns et les autres réclamaient l’honneur de posséder le corps de saint Martin. Durant cette dispute, la nuit était venue. La sainte dépouille, placée au milieu d’une chambre dont la porte était fermée à clef, fut gardée par les deux parties, qui n’avaient pu se mettre d’accord. Vers le milieu de la nuit, les Tourangeaux, profitant du sommeil des Poitevins, sortirent le précieux corps par la fenêtre et le transportèrent dans un bateau amarré sur la Vienne, avant de regagner bien vite la Loire. Des feux s’allumèrent alors et des chants s’élevèrent du fleuve, réveillant les Poitevins. Trop tard, le corps de Martin s’en allait, remontant la Loire, vers la ville de Tours. © CCESMT (Photo 56 Transport de la dépouille de saint Martin)  
 

Tours

-    Le 11 novembre 397, l’arrivée de la dépouille de Martin, ramenée de Candes, fut accueillie en triomphe par les Tourangeaux. Autour de la dépouille, se pressait une foule innombrable. Toute la cité était présente ; on était venu des campagnes, des bourgs et des villes voisines. Près de deux mille moines vinrent même pleurer Martin. Une foule immense accompagna Martin au lieu de sa sépulture en chantant des hymnes et des saints cantiques en honneur de l’évêque de Tours. Le corps fut déposé dans le cimetière des chrétiens qui se trouvait en dehors de la ville. Ce tombeau devait devenir un des lieux de pèlerinage les plus fréquentés dans le monde, le troisième après Rome et Jérusalem. © CCESMT (Photo 57 Transport de la dépouille de saint Martin)  
 
-    A Candes, la nuit du 8 novembre 397, des moines tourangeaux, suivant le récit de Grégoire de Tours, enlevèrent le corps de saint Martin. Ayant passé la dépouille par une fenêtre, ils le descendirent à la Loire dans une barque jusqu’au port de Tours. L’évêque fut alors déposé sous un abri provisoire, parmi les cabanes de pêcheurs en Loire. Peu de temps après, le site de son premier reposoir sur la grève fut considéré comme un lieu sacré et devint « le Petit Saint-Martin ». La tradition conserva ses dires, et au 14è siècle une pieuse « frairie » se forma pour édifier l’église actuelle à l’emplacement où le corps du Saint avait été, dit-on, primitivement déposé. De ce sanctuaire, il subsiste d’importants vestiges, et la rue où s’élèvent ces ruines se nomme rue du Petit Saint-Martin, par opposition avec la grande Basilique. © CCESMT (Photo 58 Chapelle du Petit-Saint-Martin)  
 
-    L’évêque Martin de Tours fut ramené dans sa ville épiscopale trois jours après sa mort pour y être inhumé, le 11 novembre 397. Le corps de Martin fut placé suivant l’usage du temps dans un sarcophage de pierre et enterré en pleine campagne, le long d’une voie antique, à cinq cents pas de la ville, suivant la loi romaine des Douze Tables : Hominem mortuum in urbe ne sepelito neve urito (n'inhumez et ne brûlez dans la ville aucun mort). Brice, successeur de Martin, bâtit sur ce tombeau une petite cellule couverte de paille et de jonc. Ce lieu paraissant indigne, Perpet, sixième évêque de Tours, fit construire une magnifique basilique, consacrée le 4 juillet 472. Du fait de destructions successives, d’incendies, de profanations, pillages … plusieurs basiliques furent reconstruites à l’emplacement même du tombeau. © CCESMT (Photo 59)  
 
 
-    Au 11ème siècle, la basilique Saint-Martin fut entièrement reconstruite après un incendie. Par ses dimensions (114 m de longueur et 24 m de hauteur sous voûte) et son ordonnance, elle préfigurait, un demi-siècle à l’avance, les grandes églises de pèlerinage, en particulier celle de Saint-Jacques. En 1323, le roi Charles IV le Bel fit placer le « Chef de saint Martin » dans un buste reliquaire derrière le tombeau afin que les reliques fussent mieux exposées à la vénération des fidèles. En 1454, le roi Charles VII fit exhumer les reliques du caveau et les fit enfermer dans « une châsse d’or et de vermeil enrichie d’agates, de topazes, de saphirs et d’émeraudes ». La châsse et le buste furent placés côte à côte, derrière l’autel, sur une estrade d’argent. Ces trésors furent protégés par une grille de fer, que Louis XI remplaça par un treillis d’argent. Mais en 1522, pressé par terribles problèmes d’argent, François 1er fit fondre la grille d’argent de Louis XI et la fit convertir en monnaie. Les historiens du 16è siècle ont remarqué que « la punition du ciel ne s’était pas fait attendre » et qu’au désastre de Pavie, en 1525, François 1er avait été fait prisonnier sur un terrain donné à l’église Saint Martin par Charlemagne, en 774. Cette opinion  prit tellement de force que sa mère et ses enfants, et le monarque lui-même, l’année suivante, vinrent se prosterner devant le tombeau de saint Martin, et implorer la clémence du ciel offensé. C’était une sorte de réparation morale de l’outrage fait à saint Martin. © CCESMT (Photo 60 François 1er et les grilles du tombeau de saint Martin)  
 
-    La Basilique fut totalement détruite à la Révolution. En 1791, le chapitre Saint-Martin fut dissous, la basilique convertie en paroisse, puis, en 1793, désaffectée et transformée en écurie pour un régiment de cavalerie. Elle fut livrée à toutes les turpitudes et tous les ravages, jusqu’à ce qu’en 1797, un Préfet hostile ordonne la destruction immédiate de l’édifice et la vente des matériaux, à l’exception de deux Tours. En 1802, une rue fut tracée à son emplacement, appelée rue des Halles, on construisit des maisons de chaque côté de la rue. © CCESMT (Photo 61 Basilique détruite à la révolution)  
 
-    En 1834, le culte de saint Martin était tombé en désuétude. Léon Papin Dupont, arrivant de la Martinique, vint alors s’établir à Tours. Voyant le nom du grand évêque auquel son île natale était dédiée totalement oublié, il décida de chercher l’emplacement précis du tombeau de saint Martin. Il rencontra alors une vieille marchande de légumes qui lui dit que le tombeau ne se trouvait pas sous la rue des Halles, comme les Tourangeaux le croyaient, « saint Martin ayant fait dévier le crayon du géomètre », mais sous les maisons bordant la rue. M. Dupont consacra de nombreuses années à cette recherche, mais ce n’est qu’en 1860 que l’on retrouva dans les Archives de la Préfecture deux projets de rue : dans le premier, abandonné, la rue passait sur le tombeau, confirmant l’hypothèse de la marchande de légumes…A la lecture du deuxième projet, on constata qu’il fallait acheter trois maisons pour redécouvrir le Tombeau. M Dupont avait fondé une association « Le Vestiaire des Pauvres », ayant pour vocation la redistribution de vieux vêtements aux pauvres. C’est avec cette association qu’il mena les recherches et put poursuivre son action. Le 14 décembre 1860, à l’endroit précis suggéré par les plans, les ouvriers se trouvèrent en présence des deux côtés parallèles du petit caveau dans lequel on avait recueilli les cendres de Saint Martin et où son corps avait été autrefois déposé. Le tombeau de saint Martin était retrouvé. Léon Papin, à la tête d’un véritable mouvement national, se battit toute la fin de sa vie pour obtenir la reconstruction de la Basilique, qui fit l’objet de vives polémiques entre les Tourangeaux ; mais mort en 1876, il ne vit jamais la nouvelle basilique. © CCESMT (Photo 62 Redécouverte du tombeau)  
 
-    La basilique actuelle a été construite sur les plans de l’architecte tourangeau Victor Laloux de 1887 à 1902, dans un style romano-byzantin. On avait tout d’abord projeté de relever la basilique sur ses anciennes fondations retrouvées, mais on se contenta d’édifier la nouvelle église en proportions plus modestes et en l’orientant du nord au sud. Le plan de l’œuvre moderne rappelle celui des basiliques latines. La nef est composée de quatorze colonnes de granit des Vosges.  Les grandes orgues ont été installées en 1925.Le chœur moderne est situé approximativement à la place du chœur ancien. Il est surélevé par un escalier au-dessus de la crypte, limité par deux colonnades. On descend dans la crypte (360 mètres carrés), partie la plus remarquable de la basilique, par deux escaliers latéraux situés de part et d’autre du chœur. Très sobre, elle abrite une reconstitution du tombeau de saint Martin, placé juste au-dessus du caveau où furent, depuis saint Brice, conservées ses reliques. Dix colonnes en marbre d’Ecosse la supportent. © CCESMT (Photo 63 tombeau de saint Martin)  
 
 
-    Dans la Basilique Saint-Martin, de nombreux ex-voto du monde entier ont été placés dans la crypte. Les verrières sont l’œuvre de Lobin (1904). Certaines représentent cinq des papes qui se rendirent dans l’ancienne basilique, et cinq archevêques de Tours, sous lequel fut entreprise l’œuvre de reconstruction de la basilique actuelle. On peut également admirer des épisodes de la vie de saint Martin (baptême, ordination, charité de saint Martin, le Baiser aux Lépreux…). © CCESMT (Photo 64 tombeau de saint Martin) 
 
-    Troisième pèlerinage au monde après Rome et Jérusalem, le pèlerinage vers le tombeau de saint Martin de Tours, appelé Gallicana peregrinatio est un des plus anciens pèlerinages de la Chrétienté occidentale, antérieur à Saint-Jacques de Compostelle. La popularité de la légende de saint Martin s’explique par le nombre et la fréquentation des voies qui convergeaient vers Tours. Le pèlerinage attirait des foules venues de toute l’Europe et même d’Orient. Lors des fêtes, des milliers de mendiants et de malades accourraient vers la Basilique. Le pèlerinage connut son apogée au 10è siècle. © CCESMT (Photo 65 Pèlerinage au tombeau de saint Martin)
 
-    Le culte de saint Martin s’est répandu à travers les siècles, notamment grâce à de nombreux princes et rois qui contribuèrent à sa gloire : c’est avant tout Clovis, qui, sur le seuil de la Basilique de Tours, prit l’engagement de se faire baptiser, et institua saint Martin le patron de la monarchie franque. A partir du règne de Dagobert, saint Martin fut, avec saint Denis, le patron de la famille royale. Au temps des Carolingiens, les pèlerinages royaux au tombeau de Tours continuèrent avec une affluence grandissante de visiteurs. Pépin le Bref y précéda Charlemagne, qui décréta que la Saint Martin serait fête chômée dans tout l’empire, et y plaça le célèbre Alcuin. Sous les Capétiens, la plupart des rois vinrent encore vénérer ses restes. © CCESMT (Photo 66 Clovis à la bataille de Vouillé)
 
 
 
-    Saint Louis vint à Tours pour la première fois, âgé de douze ans, accompagnant sa mère Blanche de Castille à Tours. Durant la nuit, il se recueillit sur les reliques de Saint Martin. Comme dans un songe, celui-ci lui conseilla de mettre son pouvoir au service des plus faibles, d’être juste en toute occasion et d’édifier des temples à Dieu capables d’accueillir le plus grand nombre. Quelques jours plus tard, les barons ennemis vinrent rendre hommage à leur suzerain. C’est ainsi qu’il rallia tout le royaume. Saint Louis fit trois fois le pèlerinage de Tours, et lorsqu’il mourut en 1270 devant Tunis, demanda que son lit de mort soit un lit de cendres, comme celui de saint Martin. © CCESMT (Photo 67 Saint Louis et Blanche de Castille)
 
-    Les invasions normandes mirent fin à la période glorieuse et paisible des reliques de saint Martin. A partir de 853, les chanoines durent fuir plusieurs fois : à Cormery, en Touraine, peut-être à Léré en Berry et à Marsat en Bourgogne, lieux de refuge. Les chanoines emportèrent leur trésor à Chablis, en Bourgogne, d’où il fut ramené en triomphe le 13 décembre 885. Selon un récit du 12ème siècle, les reliques auraient également été transportées à Auxerre, en Bourgogne, dans la Basilique Saint-Germain. © CCESMT (Photo 68 Les invasions normandes) 
 
-    En 904, Tours ayant restauré solidement ses fortifications, les chanoines de saint Martin se réfugièrent avec la châsse de saint Martin à l’abri des remparts de la cité. L’invasion normande aurait eu lieu face au petit séminaire, entre la saillie de l’amphithéâtre et la Tour du petit Cupidon, au point où l’on remarque une poterne, une brèche réparée et les restes d’une tour démolie. Pendant que les hommes valides tenaient tête aux ennemis du haut des tours et des remparts, les clercs portèrent en procession la châsse contenant le corps de saint Martin auprès de l’endroit où le combat était le plus vif. Les Normands, furieux, se jetèrent sur la brèche pour pénétrer dans la ville. Les prêtres saisirent alors la châsse de saint Martin,  qui se trouvait déjà à l’abri dans l’église de Saint-Martin de la Basoche à l’intérieur du rempart gallo-romain, et s’avancèrent sur les remparts en face de l’ennemi. On raconte que, à cette vue, les Normands furent saisis de terreur et prirent la fuite. Les Tourangeaux, sortant par la brèche, en tuèrent un grand nombre et les poursuivirent jusqu’à Saint-Martin-le-Beau. En mémoire de cet événement, on bâtit une église, Saint-Martin-de-la-Basoche, et on établit la fête de la « Subvention » de saint Martin, qui se fêtait chaque année le 12 mai. Une stèle célèbre toujours cet événement. On peut la voir en se rendant au Jardin des Archives départementales, rue des Ursulines, à Tours. (Photo 69 Les invasions normandes)
 
-    Au 5ème siècle, pour recevoir la multitude des pèlerins qui accouraient de toutes parts au  tombeau, les moines de Saint-Martin bâtirent plusieurs hospices, dont l’un était destiné aux nobles, et un autre aux pauvres. Des hôtelleries particulières s’établirent aussi, ainsi que des activités de toutes sortes, à la fois artisanales et commerciales : des boutiques de changeurs, où les étrangers changeaient leur monnaie (en effet, parmi les privilèges les plus importants de l’Abbaye de Saint-Martin, était celui de battre monnaie : la Livre Tournois), des boutiques d’orfèvres, où l’on achetait des ex-voto, des vases sacrés et des images de plomb ou d’argent, des cordonniers, des tisserands… Plusieurs monastères d’hommes et de femmes, des oratoires, des églises, se bâtirent dans le voisinage à l’ombre de la basilique. Au 10ème siècle, on ne comptait pas moins de vingt-huit églises autour de Saint-Martin. Ainsi se créa et grandit la Martinopole, c’est-à-dire la ville de Saint-Martin. De 904 à 918, à la suite des terribles invasions normandes, les Tourangeaux ayant compris la nécessité d’entourer de remparts solides la basilique, les cloîtres et le bourg,  une enceinte fortifiée fut bâtie, et prit le nom de Château-neuf (Castrum Sancti Martini). La Martinopole était une sorte de quadrilatère compris entre les rues de la Rôtisserie et du Petit Soleil au nord, la rue de Jérusalem à l’est, la rue Néricault Destouches au sud, les places des Halles et du Grand-Marché à l’ouest. L’oriflamme de la cité, bleu à trois fanons, appelé Chape de saint Martin, était l’étendard des rois de France. © Thérèse Bonté / CCESMT (Photo 70 La Martinopole)
 
-    L’extension de Châteauneuf la ville de Saint-Martin se situe entre 1060 et 1100. Des donations la mirent en possession de nombreuses localités rurales aux alentours. Châteauneuf, à partir de Charlemagne, posséda des dépendances en Belgique, en Allemagne et en Italie. La population s’y regroupait pour trouver la sécurité, mais aussi pour bénéficier du voisinage de la basilique, d’une grande richesse. Mais la cité était aussi l’étape tourangelle incontournable du pèlerinage au tombeau de saint Martin, et les chanoines avaient grand-peine à contenir les foules qui s’y pressaient. Nombre de taverniers exploitaient le client, les mendiants vidaient les goussets, les fugitifs abusaient du droit d’asile, les mystiques se livraient à de graves excentricités…© CCESMT (Photo 71 La Martinopole)
 
 
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